Accueil » DBCP un perturbateur endocrinien


L’Amérique centrale est connue pour être un incubateur de républiques bananières, intimement liées au déroulement de tragédies humaines.
Malgré le décès de milliers d’ouvriers agricoles, l’une d’entre elle rechigne à se dénouer tant son principal protagoniste, comparaît sans jamais être finalement condamné à assumer ses dommages.


L’acteur principal ce drame post-moderne tient en quatre initiales. Celles de la formule chimique d’un puissant perturbateur endocrinien : D, B, C, P.
Crée et utilisé pour la première fois en 1955, le DBCP est un nématicide introduit dans le sol par fumigation, pour éradiquer un champignon microscopique, détruisant les fruits tropicaux.
Le dibromochloropane (DBCP) est commercialisé sous le nom de Nemagon ou Fumazone.
Son application dans les plantations d’ananas et de banane change irrémédiablement la vie de milliers d’ouvriers agricoles, devenus subitement stériles à son contact.
N’y est pas étranger son énorme succès commercial mondial, du fait de son caractère extrêmement bon marché.
Six ans après sa commercialisation, des études en laboratoire étasunien démontrent déjà que, l’exposition ou l’inhalation de DBCP par des rongeurs, fait rétrécir leurs testicules, et réduit considérablement la quantité et la qualité de leur sperme.
Ce n’est qu’une décennie après la publication de cette étude que son usage sera contrôlé aux Etats-Unis. Son usage est finalement interdit en 1977 par l’autorité sanitaire américaine.
Les fabricants de DBCP écoulent alors leurs stocks restants dans les plantations bananières d’Amérique Centrale, jusqu’à la première moitié des années 80.

Jugements transnationaux contre les producteurs de DBCP

Au début des années 90, le DBCP revient sur le devant de la scène mais cette fois devant les tribunaux. 16 000 travailleurs des plantations d’Amérique centrale et des Philippines, déposent un recours collectif au Texas, contre les entreprises agroalimentaires et de production de produits chimiques.
Ils exigent une compensation proportionnelle aux dommages sanitaires liés au DBCP. S’il est initialement établi qu’il est la cause d’infertilité chez les travailleurs, ce nématicide est suspecté d’être à l’origine de maladies de peau et, de l’appareil respiratoire, à des troubles de la vue, des déformations congénitales et, des cancers.

Dès lors, fleurissent des bureaux d’avocats locaux ou étrangers, venus recruter d’anciens travailleurs stériles ou « malades », pour poursuivre sur le sol étasunien, les entreprises ayant produit voire utilisé, du DBCP.
Au Nicaragua la bataille fait rage pour remplir leurs listes de victimes exposées au DBCP.
En échange de la gratuité des frais juridiques, elles reverseront en contrepartie un % des dédommagements.

affecté

Dans des villes où les travailleurs affectés sont en majorité malades et âgés, l’absence de précaution et un manque certain d’éthique de certains avocats, sont à la hauteur de l’espoir et de la déception générées.
Suivant à la lettre la technique du bourrage d’urnes électorales, certaines listes d’affectés sont agrémentées d’individus n’ayant jamais été exposés au DBCP.
Pour cette même raison, en avril 2009, un juge de Los Angeles rejette pour fraude, des cas de travailleurs présentés à l’encontre des firmes Dole et Dow Chemical.
Après avoir fait face à des décennies de désinformation et négation des dommages causés par l’usage d’un produit chimique interdit, une partie des rêves de milliers d’ex-travailleurs malades bat de l’aile.

Quid du lien entre DBCP et des affections non reconnues, comme les lésions sur le foie, les poumons, et les reins.

La ténacité d’une partie derniers « survivants » de la tragédie du DBCP cause un nouveau rebondissement. Le 5 novembre 2018, 1234 anciens travailleurs saisissent le Tribunal de Grande Instance de Paris.

Si en 2012, la justice du Nicaragua a condamné les entreprises de chimie ayant produit du DBCP à verser 805 millions de dollars, le jugement n’a jamais été mis à exécution.
Le but de cette nouvelle action judiciaire en France est de bénéficier de la procédure exequatur, qui rend applicable en France, une décision prise par un tribunal étranger.
Prochain épisode en 2020 quand les juges français annonceront leur décision.