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UNE FONTAINE DE JOUVENCE NOMMÉE PACHANGA


Les pionniers d’un esprit festif « made in Cali » entrent à nouveau dans la danse pour veiller à la vitalité et à la conservation d’une culture urbaine quinquagénaire.
Mélomanes, DJs et danseurs, vétérans des années soixante, ressuscitent une succursale du ciel libre et ouverte.
La Pachanga, le Cha Cha Chá, le Son, le Mambo, le Boogaloo et le Merengue rythment à nouveau les nuits de la capitale mondiale de la Salsa.

Capitale de la région pacifique colombienne, la ville de Cali est la deuxième ville latino-américaine en nombre d’habitants afro-descendants. Ici, convergent des influences de l’Océan pacifique, des Andes et du sud de la Colombie.

Dans l’idiosyncrasie colombienne, Cali symbolise aussi le narcotrafic, la violence, l’inégalité sociale et des déplacés par le conflit, considérés par les conservateurs, comme des envahisseurs s’emparant de terrains inoccupés à l’ouest de la ville.

Malgré cette fragmentation récente, Cali représente l’un des rares exemples latino-américains de coexistence culturelle et ethnique harmonieuse. L’Étranger est le bienvenu. Ses apports sont attendus, aimés et valorisés. Peu importe sa couleur de peau et son origine.

Pachanga et Charanga

Entre 1940 et 1975, la musique antillaise, puis la Charanga et le Boogaloo (New York) ont bercé la naissance d’une centaine de nouveaux quartiers de la ville.

A la fin des années cinquante, la révolution cubaine n’accouche pas seulement de changements politiques. Avec le soulèvement castriste, La Havane se sépare des casinos et des pistes de danse destinés à la jet-set nord-américaine. Les grands orchestres cubains sont dissous, émigrent en grande partie à New York. Ils se transforment en quartet et en sextet.

Le choc culturel, la cohabitation et l’échange entre populations latino-américaines et afro-américaines, produisent de nouvelles sonorités, génèrent de nouveaux genres musicaux. Les rythmes latinos « traditionnels » (Danzón, Chachacha et Guaracha) s’accélèrent, se mélangent. Ainsi naît la première Charanga.

La mélodie de ce nouveau genre musical, s’appuie sur la flûte. Y prédominent le cencerro et la conga africaine. Son impact est instantané. En 1960, ”Pacheco (musicien dominicain -ndlr) y su Charanga vol.1” est le disque latino le plus vendu aux Etats-Unis.

Né dans le Bronx (Harlem), le musicien d’origine dominicaine Ray Barreto, se réapproprie la Charanga. Il y amalgame trompette et saxophone ténor afin d’accélérer le rythme. Originaire du Spanish Harlem de Manhattan, le pianiste et chef d’orchestre portoricain Charlie Palmieri mise, pour sa part, sur le violon et le chant pour dynamiter le genre.

1965 est une autre année clef de l’évolution de la musique latino-américaine. Le Boogaloo apparaît. Ce rockabilly latino est crée par la seconde génération d’émigrés cubains et portoricains. Ils fusionnent Rythm and blues, GospelSoul musicGuajira et Són cubain, pour encore accélérer le tempo de la musique latino.

B.O. Succursale du Ciel (mix personnel)

Cali : tradition et innovation

A l’instar des disques de Rythm and blues qui inondent l’île de la Jamaïque, ceux de Pachanga et de Boogaloo sont immédiatement distribués en contrebande en Colombie.
Tous les deux mois, à Buenaventura (port du Pacifique colombien situé à 150 km de Cali), des marins colombiens et nord-américains mettent en circulation des disques.
Cali vit alors une radicale mutation démographique et urbanistique. La cadence de la Pachanga semble lui coller à la peau. Et quand rugissent les premiers disques de Boogaloo, les DJ accélèrent naturellement leurs rythmes, passant les 33 tours en 45 révolutions.
Les pieds et les jambes des danseurs de la zone de tolérance se meuvent désormais à un rythme frénétique.
Des nouvelles figures inventées et peaufinées à la maison, sont perfectionnées et exhibées à la nuit tombée, dans des discothèques formelles et informelles, dans les quartiers pauvres et huppés.

Salsa érotique et résistance culturelle

Ces sons novateurs ajoutés aux pas de danse et aux looks sans cesse renouvelés, prédominent à Cali jusqu’à l’apparition, à la fin des années soixante, de la salsa créée à New York. Ce pont improbable entre musique antillaise et nouveaux genres musicaux urbains nord-américains rencontre un grand succès. Le nouveau genre musical évince la Pachanga, envahit les pistes de danse de Cali. Des nouvelles figures et combinaisons de passe en couple, sont inventées journellement pour continuer à danser.
Dans les années soixante dix, la Salsa « dure » devient le symbole de la culture urbaine et populaire de la ville de Cali. Non pour sa production musicale, mais pour son accueil puis sa « consommation » de Salsa. Des générations de danseuses et de danseurs mettent en pratique leur talent dans des centaines de lieux nocturnes. Bon nombre d’entre eux et d’entre elles, gagneront des titres aux championnats du monde de Salsa.

Au début des années quatre-vingt, pour séduire un plus large public, les majors (compagnie de disque) développent une salsa commerciale ou salsa ballade.
Les thèmes des chansons plus lentes, narrent l’intimité des couples. Les pionniers de la nuit désertent ; « leurs » clubs ont plié boutique depuis longtemps.
Nostalgiques, lassés du succès de musiques contemporaines « décérébrées » (Reggaetón…), des groupes spontanés de la « Vieille École » tentent de reprendre pied sur les pistes de danse.
Depuis 2010, ils remettent au goût du jour leur esprit de la fête et la philosophie pachanguera. Des soirées privées au sein de clubs réputés, leur permettent de dépoussiérer pas de danse, costumes et disques, soigneusement conservés depuis les années 60.